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- THE NIGHT OF THE HUNTER -

Pays : Etats-Unis

Réalisateur : Charles Laughton

Avec : Robert Mitchum, Billy Chapin, Sally Jane Bruce, Rachel Cooper, Shelley Winters...

Durée : 1h33

Budget : 795 000 $

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Malgré son échec ultra-violent lors de sa sortie, THE NIGHT OF THE HUNTER est une réussite totale pour l'époque, et surtout pour un premier film. Dans sa fraîche et unique expérience en tant que réalisateur, Laughton livre un film incroyablement glauque et fascinant, où la féérie extrême de la mise en scène se colle à une noirceur de fond rarement vue en ces temps-là. Il semble adopter un point de vue enfantin, où chaque plan sublime fascine et émerveille le spectateur de par sa composition, même lors des passages les plus durs. La double-focale décuple l'impact de l'environnement naturel, le jeu des ombres installe de manière paranormale la menace que représente le pasteur Powell. La beauté presque naïve des images impose le point de vue de l'innocence - qui "supporte" pour reprendre les mots du personnage de Rachel - face à la terreur et la corruption. L'environnement tend à se métamorphoser, le réalisme de la perception de l'espace se déforme - la monstruosité biblique du pasteur va jusqu'à le détruire, poussant le film dans des retranchements proches de l'expressionisme allemand.

Le montage subit également cette altération, de manière intéressante comme ce passage où Powell arrive en train, monté parallèlement à une discussion sur le deuil et le mariage, sur fond de puissantes notes musicales souligant la menace de plus en plus proche. Le montage se perd à d'autres occasions dans de grosses maladresses - premier film oblige - mais cela nous rapproche un peu plus de la naïveté ambiante qui adapte le point de vue des enfants. Tandis que le jeu d'acteur formidable de Mitchum nous impressionne par sa puissance et ses élans de monstruosité violente, l'oeuvre de Laughton nous ennivre de sa magie, nous effraie par sa dimension horrifique proche d'un conte. L'équilibre est risqué, mais gagnant. Le scénario s'éloigne de manière perverse des codes hollywoodiens du thriller, du cinéma noir, pour mieux imposer des thèmes puissants comme la crise financière, les perversions de l'enfance, la puissance et la corruption des Hommes, sublimés au sein d'un conte (pas si) simpliste de la confrontation du Bien contre le Mal.


THE NIGHT OF THE HUNTER est indéniablement une oeuvre culte, séduisante et marquante, où le point de vue simpliste et enfantin de la forme attaque violemment la nature pessimiste et violente des adultes. Osé et risqué pour l'époque, le film assome le spectateur par la beauté de sa mise en scène et la prestation de ses acteurs. Entre naïveté et angoisse, il atteint obligatoirement le rang de chef d'oeuvre du cinéma.

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les+

- la virtuosité de la mise en scène, chaque plan est une merveille de composition

- Robert Mitchum impressionant, fascinant, effrayant

- sa noirceur couplé à sa dimension féérique, percutant pour l'époque

les-

quelques traitements maladroits dans le montage -

5