affiche_Les_Lyonnais_2011_1

- LES LYONNAIS -

Pays : France

Réalisateur : Olivier Marchal

Avec : Gérard Lanvin, Thecky Karyo, Daniel Duval, Dimitri Storoge, Lionnel Astier, Patrick Catalifo...

Durée : 1h42

Budget : 15 millions €

Lyonnais1

Après 36 Quai des Orfèvres et MR 73, les compétences d'Olivier Marchal en terme cinématographique ne sont plus à démentir. C'est donc avec un certain entrain que l'on va voir ces Lyonnais, qui a tout pour devenir le Parrain made in France. Mais dès les premières minutes la déception prend la gorge, d'où l'on devine derechef que le grand film attendu sera aux abonnés absents.

Après un générique d'ouverture bas de gamme et maladroit qui nous met sous le nez de nombreuses images du film comme une bon vieux feuilleton franchouillard, on est happés par le travail laborieux du montage et, de par le fait, de la composition narrative globale. Si le film avait trois bonnes heures au compteur, les hautes ambitions que l'on devine dès le départ auraient donné quelque chose de très bon... mais le film ne fait que 1h42, et tout va trop vite, on se demande même par moments si on assiste pas à une bande annonce. Flash-forward d'un Vidal dans un moment crucial, arrestation brutale de Suttel (élément central du scénario), flash-backs sur l'émergence et la chute du gang des Lyonnais, naissance et fragilité d'une amitié, menaces ultra-violentes d'un gang espagnol, tout s'écrit sous nos yeux mais tout passe à la vitesse de l'éclair, le film s'oubliant lui-même.

Marchal l'avoue dans des interviews, l'écriture du scénario a été des plus laborieuses (dix versions papiers existantes), la production a été infectée par des remises en cause artistiques, le montage fut tout aussi laborieux (la version originale faisait 3h10), et tout ça se sent dans l'évolution progressive du film qui n'arrive que très peu à développer comme il se doit des thématiques pourtant présentes, fortes, nécessaires et universelles (l'honneur, les valeurs, l'amitié), mais pourtant constamment sous-évaluées voire bâclées. Contrairement à un Parrain, un Il Etait une Fois en Amérique ou un film de Scorsese, ici Marchal vise trop haut sur une trop courte durée, qui malgré l'excellente idée de mettre deux périodes en parallèle et s'envoyant des échos l'une à l'autre ne parvient pas à livrer la densité psychologique nécessaire. Ce sont surtout les flash-backs des 70's qui en patissent le plus, le père de Vidal lui apprenant le sens des valeurs, la première rencontre entre Vidal et Suttel, les premiers crimes, les premiers casses, tout est à chaque fois expédié en une poignée de secondes montre en main, ce qui rend dans la globalité les personnages et les situations presque vides.

"Presque" puisque, malgré son montage et ses choix narratifs largement handicapants, Les Lyonnais a aussi de grandes qualités. Car ici Marchal livre un film de voyous profondémment sincère, ne cherchant pas à valoriser le banditisme mais plutôt à chercher des thèmes comme l'amitié et surtout le sens des valeurs que l'on y trouve - pour ce dernier point le film se veut des plus fonctionnels, donnant lieu à certains passages bad-ass profondémment jouissifs. Le scénario en lui-même se veut donc assez recherché, certes expeditif mais insufflant assez de détails pour rendre à l'ensemble une dimension presque tragique, avec pics émotionnels et climax à la clé. Restant fidèle à ses propres codes, il suffit que Marchal balance un certain plan, une certaine réplique, une certaine action, pour que le rythme trop effrené parvienne à filer une certaine patate cinématographique. Sa mise en scène à côté de ça est des plus léchées, dynamique et percutante comme il l'a toujours faite, rendant aux Lyonnais une très belle efficacité. Il faut aussi parler de la bande originale d'Erwan Kermovant, qui à côté de la mise en scène parvient à appuyer la tragédie ambiante de manière habile. Mais la force même du film réside aussi et surtout dans son casting qui fair du film une véritable galerie de gueules, chacune incarnant son personnage comme il le faut, sans fioritures ni caricatures.


Les Lyonnais est le genre de film qu'on a envie d'adorer, bourré d'idées et d'influences, maîtrisé dans la forme et dans le fond. Le genre de film où l'on se dit qu'une chose à dérapé pour que tout ce qui avait l'air d'être une grande fresque à la française devient derechef un méli-mélo chaotique qui démolit toute véritable saveur. Le travail est là, sous nos yeux, mais il se fissure dans une masse trop compactée de 100 minutes... Trop ambitieux devant la richesse et la complexité narrative qu'elle demandait, Marchal parvient malgré tout à livrer une oeuvre noire efficace et profondemment sincère, et l'on se rassure en se disant que ce chaos provient de bons sentiments et d'une générosité cinématographique explosive.

Espérons un jour découvrir la version originelle de 3h10 qui dévoilera le film, peut-être, à sa juste valeur.

Lyonnais2

les+

- la mise en scène de Marchal, comme d'habitude impeccable

- des dialogues savoureux, appuyés par des thèmes forts et universels

- excellent casting, de figures imposantes, sobres et parfois touchantes

- la bande originale très réussie d'Erwan Kermovant

les-

une toile narrative des plus chaotiques, avec des thématiques et (certains) personnages jamais exploités à leur juste valeur -

le montage archi-cut, visant trop haut sur une trop courte distance -

son générique d'ouverture, raté, digne d'une série tv de bas étage -

 

3