apocalypto

- APOCALYPTO -

Pays : Etats-Unis / Mexique

Réalisateur : Mel Gibson

Avec : Rudy Youngblood, Raoul Trujillo, Mayra Sérbulo, Gerardo Taracena...

Durée : 2h19

Budget : 40 millions $

Recettes : 121 millions $

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Mel Gibson a beau être un acteur/cinéaste controversé, il faut bien avouer que sa peau de réalisateur lui sied à merveille. Et Apocalypto en est l'exemple type, démontrant que Gibson a le grand talent de savoir raconter une histoire, dans ce cas-ci au sein même de l'Histoire avec un grand H.

L'élément fondateur du film en est l'exercice extrême de reconstitution, des acteurs inconnus devant la caméra, parlant la langue maya et le yucatèque, insufflant ainsi un terrible degré de réalisme, permettant de surcroît la mise en situation totale du spectateur dans ce monde à la fois magnifique et hostile. Magnifique car Gibson use d'une mise en scène sublime, filmant la nature dans des travellings extraordinaires (voir la séquence de la chute d'eau), et démontrant une fois de plus qu'il est un maître dans l'art du ralenti, insufflant ainsi aux scènes d'action une densité et une tension folle...

Et hostile aussi, car au-delà d'une représentation de la violence un peu démesurée (les réfractaires noteront avec évidence cette dimension), Gibson traite d'une destruction infime et progressive au sein même d'une civilization, destruction qu'on ne peut que rapprocher à la nôtre, où l'Homme est un loup pour l'Homme et surtout la Terre. Car comme le dit le Vieux Sage dans le premier acte du film : "Je vois une faille en l'Homme, aussi profonde qu'une faim insatiable, et c'est ce qui le rend triste et envieux (...) il prendra encore et toujours plus". C'est peut-être de ce point de vue là que la violence exacerbée du film peut-être excusée, rapprochée à la représentation actuelle dans notre société - la scène des pyramides en est l'exemple le plus criant, les victimes étripées et décapitées devant une foule en délire peut aisément être rapprochée à notre perception moderne de la violence vue à la télévision, déchue à un rang de spectacle banalisé. Dommage que cette civilization ne soit pas plus dévelopée en elle-même, mais ce n'est que minime au sein de l'histoire privilégiant un regard plus minimaliste. On peut y voir un film très engagé, donc, tout dépend votre perception du film.

Mais pour ceux qui y échappent, Apocalypto est aussi et surtout du grand divertissement, où Gibson livre une grande échappée, une extraordinaire aventure pour l'amour et la survie - le dernier acte en est le point culminant, virage à 180° dans le survival et la course contre-la-montre au sein d'une nature magnifiée mais dangereuse. Ainsi par la suite la conclusion se veut happy-end, tout en incrustant un malaise ambiant, celui de l'arrivée des conquérants, symbole même de ce que la prophétie de la petite lépreuse définissait comme "la fin de notre monde". Car avides de fausses croyances, de dépendances destructives et d'avidité excessive, la chute de l'Homme est irrémédiable.


Grandiose, spectaculaire, intense, choquant, viscéral, déroutant... Quantité de mots nous viennent face à ce dernier film de Mel Gibson. Mais c'est à ça que l'on reconnaît les grands films. Apocalypto est un grand film d'aventures, amenant avec succès le spectateur dans une histoire mais aussi une Histoire. Au-delà de sa vision parfois très (trop?) crue, sa mise en scène est virtuose, les images sensationnelles au sein d'un monde où à n'importe quel moment la proie peut devenir le chasseur. Engagé et spectaculaire, ce film ne laisse pas indifférent.

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les+

- la réalisation sompteuse de Gibson, entre plans larges vertigineux et ralentis étourdissants

- l'idée de tourner en langue maya, essentielle à la mise en situation

- son exceptionnel dernier acte, virage dans le "survival"

- sa peinture sous-jacente de notre civilization actuelle, détruite de l'intérieur

les-

une civilization maya finalement peu exploitée -

quelques touches gores trop gratuites -

 

5