Il fut un temps où un générique d'ouverture faisait partie intégrante d'une oeuvre filmique, plus ou moins bon, plus ou moins travaillé, mais quasiment systématique. Aujourd'hui c'est un choix d'ouverture qui ne se fait plus si souvent (mais loin d'être inexistant), qu'on préfère dorénavant supprimer pour question de rythme ou bien réduire en simple complément du générique de fermeture. Ce n'est qu'un point de vue personnel, mais un générique d'ouverture complet et recherché à ses atouts.

Le premier, c'est une première présentation du "cast & crew" (certes succinte face au générique de fermeture), où "là" les spectateurs ne peuvent pas partir. Ce générique présente les principaux personnages derrière la conception du film que nous sommes sur le point de voir, ce qui est à mes yeux un procédé d'introduction bien plus respectueux envers les techniciens et acteurs qui se sont surmenés pour le film en question. Un travail de mérite d'une part, et aussi pour certains cinéphiles le comblement d'une certaine attente - personellement j'aime découvrir au début d'un film quels acteurs seront présents, qui compose la musique, qui a écrit le film, qui est le directeur photo. Tel l'époque de l'âge d'or hollywoodien où tel ou tel nom faisait la promotion même du film, l'envie d'aller le voir, dans ce sens-là c'est un procédé de présentation quelque peu oublié ou sous-estimé.

D'autre part, c'est un magnifique moyen de mettre en condition le spectateur, l'impressioner, le fasciner, lui donner l'envie de découvrir ce qui va venir par la suite, ou bien même de compléter l'histoire à venir. Mise en appui de diverses formes plus ou moins réalistes, soulignement de mouvements esthétiques, valorisation artistique du monde diégétique, une séquence filmée ou bien même une simple séries de noms en lettres blanches sur fond noir, le tout souligné par une musique tonitruante ou envoûtante - tout un travail représentatif et clairement perfectionné pour mettre en valeur l'équipe sus-nommée. Le générique d'ouverture, c'est aussi parfois la touche personnelle d'un réalisateur formant à chaque métrage une attente à elle seule, un film dans le film. Pour certains cas, notamment concernant certaines grosses productions, ce type de travail ne se trouve qu'en conclusion de film juste avant les crédits de fin, un choix finalement peu crédible - condition de répétition oblige et livrant une mise en bouche esthétique bien tardive... Des génériques d'ouvertures dignes de ce nom ne se font plus si fréquentes de nos jours, un grand mal qui n'empêche pas de découvrir de merveilleux films j'en conviens (preuve en est avec le récent Black Swan). Une introduction esthétique spectaculaire n'est certes pas indispensable pour chaque film, mais j'ai toujours une petite larmichette (fictive, hein) de déception quand je découvre un film en salle qui ne propose pas son bon gros générique d'ouverture.

Pour compléter mes dires, ou bien même convaincre certains sceptiques, je vous propose ci-dessous quelques génériques d'ouverture considérés comme cultes et exemplaires dans le domaine (cliquez sur l'image pour voir le générique en question).

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PSYCHO d'Alfred Hitchcock

Hitchcock est l'un de ces réalisateurs qui livre avec chacune de ses oeuvres un générique d'ouverture travaillé, plus ou moins mémorables. Vertigo, North by Northwest, The Birds, j'en passe et des meilleurs, mais le plus emblématique de la carrière du réalisateur restera celui de Psycho. D'une simplicité évidente de par les chocs frontaux de segments noirs et blancs, ce générique parvient à en traduire le complexe même de la psychopathie de Bates, un esprit malade fissuré en plusieurs parties disctinctes (dans ce cas-ci lui-même et sa mère). L'ensemble est porté par la partition puissante, envoûtante et terrifiante de Bernard Herrmann, faisant de ce générique d'ouverture une parfaite mise en condition du spectateur.

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HALLOWEEN de John Carpenter

La caméra se rapproche très lentement de la citrouille, symbole de la Fête des Morts, dont la longueur du plan instaure le malais. Le tout sous le coup de quelques notes de piano tout simplement paralysantes signées Carpenter himself. C'est simple, mais la terreur est là, une forme neutre, chaude et menaçante s'approchant tout doucement du spectateur qui nous mènera à la vision horrifique d'un petit enfant tuant sa grande soeur à coups de couteau. Pas de coupure, toujours dans une continuité dérangeante. Très classe.

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SUPERMAN de Richard Donner

Premier film de super-héros, Superman de Richard Donner donne la pêche dès ses premières secondes avec son générique d'ouverture simple, claire mais définitivement épique. Alors que les glissements de chaque nom met appréciablement en valeur chaque membre de l'équipe, le thème musical de John Williams est très certainement l'élément porteur qui nous fait voler au milieu des étoiles et fait ressentir l'invincibilité du super-héros en question. Qu'il est fort ce John Williams quand même. La reprise "modernisée" de ce générique fut l'une des rares bonnes idées de Bryan Singer pour son Superman Returns.

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RAGING BULL de Martin Scorsese

Magnifique exercice pûrement esthétique par Martin Scorsese pour souligner ce générique d'ouverture, le personnage de Jake LaMotta s'échauffant dans un ralenti extrême sur le ring. C'est de toute beauté, la démonstration même d'un côté sublime de la profession. Fascination et nostalgie, représentation d'un homme qui luttera pour sa propre personne, l'essentiel des ressentis du film condensés en moins de trois minutes. C'est sans compter la musique fascinante de l'opéra Cavalleria Rusticana signée Mascani, superbe.

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RESERVOIR DOGS de Quentin Tarantino

Souligné par la musique entraînante de George Baker "Little Green Bag", Tarantino nous présente avec un ralenti maladroit mais terriblement classe les personnages de sa première oeuvre. Marchant vers la caméra, cette dernière capture chaque visage un par un. La classe à l'état pur, mainte fois imité mais jamais égalé. 

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EDWARD SCISSORHANDS de Tim Burton

Tim Burton fait aussi parti de ces réalisateurs aux génériques d'ouvertures qui forme une attente à elle seule pour tout fan du cinéaste. Le plus emblématique à ce niveau reste pour beaucoup le générique d'Edward Scissorhands, un sumum de la poésie gothique. Entrailles d'un manoir, figures fantomatiques, objets et visages qui seront symboliques dans le film en question, le tout souligné par la musique culte de Danny Elfman... Tout porte à croire à une représentation esthétique du mental d'Edward, magique, féerique et effrayant à la fois. Quoi de mieux pour s'attacher à un personnage si torturé ?

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SEVEN de David Fincher

Portant le malaise à l'extrême, Fincher et le concepteur Kyle Cooper nous dévoile avant même la connaissance du tueur John Doe le quotidien de ce dernier, ses auto-mutilations et ses prises de notes sur ses nombreux journaux intimes, l'ensemble sur fond d'une musique expérimentale presque malsaine signée Nine Inch Nails. Hardcore visuellement, avec des titres grossiers et une image sautillante telle une pellicule abimée, Un générique qui montre à merveille l'esprit psychopathe de John Doe et surtout ses impressionantes et méticuleuses préparations avant l'acte fatidique. Une introduction qui fait vraiment son effet et qui ne laisse pas indemme.

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LORD OF WAR d'Andrew Niccol

L'illustration de la guerre par l'évolution détaillée de son outil le plus mortel : une balle. Sur fond du "For What It's Worth" des Buffalo Springfield - morceau folk-rock symbolique des conflits et autres turbulences des 60's, d'ailleurs - nous avons ici la caméra attachée à une balle en pleine construction, en plein transport et puis enfin en pleine utilisation (finissant dans la tête d'un gosse africain), concept pour le moins original esthétiquement et tout à fait crédible face au sujet traîté. Original, osé, rythmé, on tient là un très bon générique d'ouverture qui met tout de suite dans le bain avec son plan final très choquant.   

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WATCHMEN de Zack Snyder

Un des derniers modèles du genre, et sûrement l'un des génériques les plus longs de l'histoire du cinéma. Reprenant la plupart des éléments externes à l'histoire principale dans le comics de Moore, il complète à merveille en cinq minutes l'univers ultra-complexe des Watchmen. Enchaînant les plans esthétiques littéralement épiques et magistraux, souvent liés à de réels phénomènes historiques, Zack Snyder embâle le spectateur. "The Times They Are A Changin'" chanté par Bob Dylan, chanson des 60's représentant la contestation des ordres établis de l'époque, colle parfaitement à la chose. Un véritable film dans le film.

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Et quelques autres exemples pour le plaisir des yeux et des oreilles...

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