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- THE SOCIAL NETWORK -

Pays : Etats-Unis

Réalisateur : David Fincher

Avec : Jesse Eisenberg, Andrew Garfield, Justin Timberlake...

Durée : 2h01

Budget : 47 millions de $

Recettes : 198 millions de $

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David Fincher a changé. Il l'a déjà montré avec Zodiac et The Curious Case of Benjamin Benjamin Button, évidents signes filmiques d'une maturité croissante - Benjamin Button en était d'ailleurs la métaphore la plus forte. The Social Network appartient définitivement à ce cycle chez Fincher.

Loin de ses folies scénaristiques et/ou visuelles qu'étaient la plupart de ses films, ce film-ci s'avère être à la fois son oeuvre la plus classique mais aussi et surtout la plus complexe - "il faut se méfier des apparences" est une citation qui correspondrait parfaitement au film. Cela nous mène tout d'abord aux aspects négatifs du film, en tout cas à mes yeux. The Social Network est ainsi une oeuvre très, voir trop, classique. Fincher narre les mésaventures de Zuckerberg dans la plus grande des sobriétés, à l'aspect trop souvent bien bavard - en témoigne principalement la scène d'ouverture qui s'éloigne un peu trop dans le bla bla et pouvant écarter définitivement certains spectateurs. Mais bien au-delà de cette caractéristique bien superficielle, il faut surtout regretter le manque de "folie" de la part de Fincher, ou du moins l'once d'une présence d'un parti-pris dans l'affaire, tout du moins un brin d'acidité. Facebook est-il l'oeuvre d'un voleur ? D'un génie ? Actes créatifs volontaires ou accidentels ? Ces questions dont on aurait aimé des réponses osées n'ont pas cours dans ce film, Fincher ne prend qu'un point de vue finalement neutre, n'établissant ni good guys ni bad guys (tout le monde passe tantôt pour le gus des plus sympathiques, tantôt pour le plus insupportable des connards). Bref, une ambiguïté continue qui ne pousse nullement à l'empathie - caractère essentiel qu'il n'y a malheureusement pas. Mais peut-être est-ce une manière concrète et totalement volontaire d'aborder les choses pour Fincher...

Car oui, The Social Network n'est pas la chronique complète de la création de Facebook, il n'est pas non plus une analyse de la montée en puissance de son créateur. Ce qu'il se cache derrière l'apparence dérangeante, sobre et classique de The Social Network, c'est avant tout le fondement même du concept qu'est le réseau social : l'amitié. Que signifie ce mot pour un génie inflexible et ignorant face aux fondements de la société, jusqu'où peut aller l'amitié quand une histoire d'argent et de succès s'y mêle... c'est à ça que le film de Fincher tente, dans l'ombre, de répondre. C'est là que le film puise sa force, quel meilleur milieu que Facebook pour analyser le terme même de l'amitié, n'est-ce pas ? Autour de ce développement, le montage complexe du film prend tout son sens : l'opposition de deux procès et d'une montagne de flash-backs (la vie universitaire de Zuckerberg, les origines et les vagues processus de la création de Facebook), l'opposition de la cassure d'une relation quasi-fraternelle et des fondements de celle-ci - je parle bien sûr de Zuckerberg et d'Eduardo Saverin, les joies de la collocation, la jalousie de l'entrée dans un clan, du soutien avec la participation financière d'Eduardo, des doutes avec l'incursion du pote parfait qu'est Sean Parker (Justin Timberlake), les conséquences d'un succès croissant et improbablement incroyable sur l'un et la chute de l'autre face à cela... Bref, un choc frontal entre l'évolution et la conclusion d'une amitié.

David Fincher réalise avec The Social Network une oeuvre ultra-maîtrisée, tout d'abord de par le fait de cacher une très intéressante analyse derrière des fondements scénaristiques et filmiques d'une inconcevable sobriété. C'est à la fois le défaut majeur et la force même du scénario. Un scénario des plus intelligents car, comme dit précédemment, le récit se forme dans une complexité certaine (flash-backs et scènes parallèles à la pelle) mais rendant finalement l'ensemble extraordinairement attractif et intéressant. On aurait pu virer à l'autre extrême, c'est-à-dire l'ennui le plus total, face à un tel sujet. Le casting quasi-inconnu en est aussi un élément positif indéniable, Jesse Eisenberg est incroyable en "nerd" intello et implacable, Andrew Garfield incarne parfaitement l'ami puis le névrosé jaloux du succès de son confrère, et enfin Justin Timberlake très surprenant en rich-boy séduisant et maladroit. S'y ajoute une réalisation des plus propres et des plus maîtrisées de la part de Fincher - je cite par exemple la course perdue des frères Winklevoss, tellement intelligente dans le visuel, un montage crescendo livrant une métaphore de la tension et de la défaite des plus intéressantes, comme une réponse déjà donnée au combat qu'ils mènent contre Zuckerberg. On a du mal à trouver la nécessité d'une telle scène, mais c'en est une passionante.


The Social Network était au départ une toute petite déception pour moi, mais après mûre réflexion c'est une oeuvre qui cache beaucoup de choses derrière son classicisme, ayant le mérite de poser violemment un point d'interrogation après le mot "amitié". Ainsi, le film de Fincher s'accroche avec obstination à une partie profonde de votre esprit. Propre mais défintiviement fascinant.

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les+

- la réalisation de Fincher, propre et maîtrisée

- sa thématique sous-jacente des fondements même de l'amitié, idéal face au réseau social

- un casting parfait, inattendu et très doué, Eisenberg en tête

les-

un film trop sobre, ne livrant finalement que peu d'empathie -

Fincher manque cruellement d'acidité, de folie ou de risque -

 

4